Transition écologique

ISSU DU MAG DE SEPTEMBRE 2020 – Auteur Fred Porcel

Les élites justifient souvent leur place par une méritocratie imaginaire, qui a plus à voir avec une ploutocratie qu’une quelconque supériorité. De multiples études montrent qu’elles viennent majoritairement des mêmes milieux que leurs parents et doivent avant tout leur parcours, parfois dès la maternelle, au carnet de chèques de papa et d’adresses de maman, ou inversement.

Ce vase-clos perpétuel explique leur déconnexion du monde réel et leur incapacité à imaginer la moindre solution aux crises, sociale ou environnementale notamment, qui décomposent lentement mais sûrement nos sociétés. Si ces élites étaient aussi brillantes qu’elles le prétendent, elles auraient depuis longtemps inventé le monde d’après, durable pour tous et profitable pour elles. Mais elles en sont incapables.

À moins qu’elles n’y soient pour rien parce que le monde d’après n’existe pas ?

Et bien si, il existe. Mais il ne correspond pas à ce qu’elles espèrent. À l’opposé du modèle libéral qui se prétend indépassable grâce à ses domestiques qui étouffent les sphères politiques et médiatiques mainstream depuis 40 ans, les prémices d’un monde résilient existent déjà. Leur illustration la plus emblématique est un type d’habitat qui se développe à grande vitesse outre-Atlantique, en Australie et gagne l’Europe. Léger, écologique, abordable,
durable et le plus souvent, mobile.

Construites sur de solides remorques, les Tiny Houses, c’est leur nom, sont de vraies maisons. Bâties généralement en bois, isolées, fonctionnelles et uniques, elles n’ont rien à envier aux maisons classiques en termes de confort, d’équipement, de durabilité, de solidité. Elles ont simplement supprimé l’espace inutile. Car une maison, ou un appartement, c’est beaucoup de vide, souvent payé à crédit.

Si devenir propriétaire est devenu impossible pour beaucoup, en revanche tout le monde ou presque peut posséder sa Tiny. Elles coûtent entre 20 et 60 K€ pour une (petite) maison de qualité, solide, confortable, facile et peu chère à entretenir, autonome (beaucoup produisent leur électricité et leur eau potable) et qui durera toute une vie. Cette sobriété permet de consacrer son énergie, son temps et son argent à ce qui est important : relations, loisirs, voyages, culture, plaisirs. Vivre pour ce qui compte, plutôt que pour compter.

Comparer les habitants de Tiny à des marginaux ou aux bobos chers aux élites des réseaux sociaux serait une erreur. La plupart d’entre eux ont une vie dite normale : ils habitent près des villes, ont des salaires et des postes à responsabilité ou non, une vie sociale, des amis, des projets. Simplement, par volonté d’indépendance, d’économie ou rejet du modèle consumériste, ils ont repris la liberté de choisir où vivre, d’y rester ou de partir si l’envie ou une opportunité se présente, ou quand le climat rendra leur région inhospitalière. La liberté de ne pas avoir à supporter l’insupportable parce que les crédits, notamment, les ont piégés.

YouTube leur consacre des chaînes surtout anglophones, mais les images y parlent d’elles-mêmes. Citons la plus connue : Living Big In A Tiny House, des centaines de millions de vues. Les Tiniers y témoignent que pour rien au monde, ils ne reviendraient en arrière.

Pendant qu’Homo Consommator continue de regarder ailleurs, persuadé qu’une transition écologique magique viendra tout régler sans qu’il n’ait besoin de s’occuper de rien, de plus en plus de citoyens ont décidé de réduire massivement leur impact sur le vivant. Cet habitat résilient n’en est qu’une des facettes, mais il est la porte ouverte vers une nouvelle vie : sobre, heureuse et déjà là.

Au mois prochain, peut-être.

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